Une histoire de préjugés

Publié le par JulieH

  Les québécois sont gentils. C'est avec ces quatre mots bien ancrés dans l'esprit que le belge lambda débarque au Québec, avec l'espoir fou de pouvoir sympathiser avec la population autochtone (1). Souvent, il revient comblé de son voyage, des histoires plein la tête, des cadeaux plein les poches, et un carnet d'adresses un peu plus rempli. Carnet qui lui permettra de faire un autre voyage à moindre frais en étant hébergé par l'habitant. 

  Oui mais...

  (tu l'avais vu venir, pas vrai lecteur assidu? Tu as bien raison, il y a toujours un "mais" dans ces tristes généralités)

  Il va falloir qu'on m'explique pourquoi les nouvelles du journal sont toujours si alarmantes. Si, au pays des caribous, tout le monde gambade gaiement et fraternise dans la paix la plus idyllique, pourquoi, quand on s'assied dans le canapé et qu'on allume la télévision/lit le journal, on se retrouve avec des tonnes de mauvaises nouvelles? La réponse est simple : tous les québécois ne sont pas forcément gentils. Il est temps de vous sortir ça de la tête. Ils sont humains, et eux aussi peuvent avoir des sautes d'humeur, entrainant un état allant de l'énervement passager au meurtre de sang froid, en passant par un bon feu de joie allumé par un pyromane qui s'improvise. 

  D'ailleurs, ces nouvelles posent un peu problème, puisqu'elles brossent un tableau sombre, bien plus triste que la réalité. En général, on recherche, comme sur Rintin Tristan et Loana (chaîne belge dont le nom est savamment dissimulé), le scoop qui va choquer dans les chaumières. Il est donc fréquent que, tandis que vous dégustez votre morceau d'orignal ou de [insérer ici un autre type de viande si vous n'avez pas la chance d'avoir un beau-papa-soleil qui ramène de l'orignal], vos yeux se posent sur une image où l'on y va à grands renforts d'hémoglobine et de détails macabres. Il ne faudrait pas que vous ratiez cette nouvelle importante sous prétexte que vous êtes en train de manger. Vols, détournements d'argent, meurtre, enlèvement, crise économique et pauvreté laissent bien peu de place aux bonnes nouvelles. Celles-ci sont d'ailleurs tellement rares que récemment, deux présentateurs se sont étonnés d'avoir enchaîné trois bonnes nouvelles à la suite. Un record dans leur carrière?

  Doit-on pour autant avoir peur des québécois? Si vous êtes agoraphobe, que vous pensez que le québécois vous parle en anglais et que sa barbe de trois jours vous laisse songeur quant à son hygiène, oui, prenez peur et surtout prenez l'avion pour rentrer au pays. Vous n'avez rien compris à l'autochtone. Par contre, si vous êtes capables de relativiser en voyant un monsieur pas content frapper la pompe à essence et insulter le pompiste tout ça parce que quand on est client, même si on a la veste (à carreaux) la plus sale du monde, on ne veut pas se salir les mains à appuyer sur le bouton de la pompe, et qu'en plus de ça vous aimez les accents étrangers et n'avez pas peur d'adresser la parole aux gens, alors non, vous n'avez pas à avoir peur (et d'ailleurs vous n'aurez pas peur).

  J'ai croisé, en l'espace de 7 voyages et un bon mois de vie ici, un québécois qui ne voulait pas parler de son métier d'archéologue et un québécois pas content (l'homme à la chemise à carreaux). Le plus amusant est évidemment le second (quand on se tient loin de lui), puisqu'il offre une panoplie impressionnante de sacres (jurons) que la décence m'empêche de citer ici. Quoiqu'un jour, il n'est pas exclu que je me prenne pour ce bon Georges et revisite sa Ronde des jurons.

  En règle générale, le québécois est une personne accueillante qui vous ouvre sa porte si elle en a le temps. Il vous aide avec plaisir, et vous salue par un Bonjour. Curieux de nature, le mot "belge" est souvent synonyme pour lui de cousin éloigné ou d'étranger à initier à sa culture. Certains en ont fait l'expérience et sont rentrés avec une bonne gueule de bois ou la peau du ventre bien tendue. Quant à moi, en restant un peu plus qu'un visiteur lambda, j'ai trouvé des amis. Et c'est très bien ainsi.

 

IMG_4509.JPG  Post scriptum : Le belge, c'est vendeur, la preuve en image. Quant au pain de droite, personnellement, j'ai un doute quant au bon goût de l'appellation... 

 

(1) Chéri-chou me signale qu'au Québec, les autochtones sont les populations amérindiennes. Or, il est bien question de vous, petits québécois, habitants de votre beau pays d'origine (et oui, j'ai bien dit "pays").

Commenter cet article

Geneviève 04/02/2011 13:36



J'aime encore tu sais ! Et en parlant de notre pays eh bien là je suis conquise évidemment !


mais dis-moi qu'est-ce que "lambda" ?



JulieH 04/02/2011 22:15



  Le visiteur "Lambda", c'est une façon de dire "un visiteur quelconque" :)


  Quant au pays, c'est sans entrer dans les considérations politico-économiques qui m'échappent la plupart du temps (je ne pense pas écrire un jour "vive le Québec libre" sur ce blog,
sauf s'il gagne son indépendance). Mais le Québec, c'est presque 55 fois ma petite Belgique, et surtout une culture et une mentalité bien à part de ses voisins américains et ontariens, pour ce
que j'ai pu constater. Alors oui, en cela, le Québec est, à mes yeux, un pays. Quant aux politiciens, qu'ils usent leurs fonds de culottes sur les bancs du Parlement ^^



denis 04/02/2011 13:26



très bien dis ma belle julie en passant j'adore tout les petits noms que tu me donne je t'aime encore plus à bientôt xx



Adé 04/02/2011 11:08



C'est peut-être ma vue qui baisse mais je ne sais pas bien lire l'étiquette du pain... :S



JulieH 04/02/2011 22:10



C'est du pain belge. Apparemment, la Gelbique a une façon particulière de faire/cuire son pain qui est pas mal appréciée ici. Suffisamment en tout cas que pour devenir un argument de vente
imprimé en grosses lettres sur le sachet. Sinon, celui d'à côté, c'est Miche Boule. C'est tendancieux, mais c'est peut-être aussi mon esprit tordu qui voit trop bien ^^