L'ancienne prison de Trois-Rivières

Publié le par JulieH

  Je suis en vie, lecteur assidu! J'ai surmonté l'épreuve finale qu'est la rédaction d'un mémoire de 535 pages (j'ai à peine exagéré sur le papier, mais je planterai quelques arbres pour alléger l'impact de l'impression sur l'environnement, c'est promis!) et me revoici après un repos bien mérité, quelques siestes prolongées et un petit voyage dans la belle région du Bas-Fleuve où je finirai mes jours parce que c'est vraiment le plus merveilleux des coins que la planète ait jamais porté. Et pour toi, lecteur assidu, me revoici avec un tas de sujets à écrire. Je ne sais même pas par où commencer, alors attends-toi à avoir quelques articles sous le nez ces prochains jours!

  Je parle très peu de mon Trois-Rivières que j'aime tant, je vais donc me rattraper. Car oui, depuis la fin de mon contrat à 200 km d'ici et la fin de mon mémoire qui avait fait de moi une ermite, je redécouvre avec plaisir les rues de ma ville. Et son ancienne prison (pour la 5e ou 6e fois...).

  http://www.enprison.com/images/prison.jpgJe suis une grande fan de l'ancienne prison de Trois-Rivières. C'est devenu, à mes yeux, la visite incontournable pour tout visiteur qui décide de fuir le soleil pour visiter un endroit totalement atypique le temps d'une visite-expérience. Car faire le tour de la prison, ce n'est pas suivre docilement un petit jeune qui vous raconte qu'en 1852 déjà, la prison était déclarée insalubre, et que faire des bêtises dans la société, c'est le mal. Loin de là. C'est en fait le guide qui fait tout le charme de la visite. Avant d'arriver devant toi, il est passé par la case prison, soit en tant que détenu, soit en tant qu'agent de transition. Je sais qu'il y a également un historien qui prend en charge les groupes, mais je ne l'ai pas encore rencontré.

  Case prison. Paf, le mot est dit, les choses sont même rapidement mises au point, dès le début de la visite. Soit parce que quelqu'un dans le groupe lâche un "C'est bien fait, de toute façon ils ne méritent pas mieux les tôlards", soit parce que l'agent explique que c'est son rôle et qu'il n'est pas là pour vous guider mais bien pour vous enfermer. Bienvenue à la prison...

  Ici, même si on raconte l'histoire du bâtiment depuis sa construction en 1822 jusqu'à sa fermeture en 1986, c'est surtout la vie carcérale qui est abordée. Les portes qui claquent, les couloirs mal éclairés, le "trou", l'hygiène approximative, la vie quotidienne, le code d'honneur, le barbier, les visites, et tout le reste. Conçue pour accueillir jusqu'à 40 prisonniers, l'ancienne prison a parfois vu le chiffre exploser au dessus de la centaine d'occupants. Sans pour autant être agrandie. Les réalités sociales sont également évoquées, depuis la mère de famille contrainte de se prostituer pour survivre avec ses enfants au XIXe siècle jusqu'au type qui tombe dans la drogue dans les années '80. Le but n'est pas de taper sur les doigts des visiteurs mais bien de lancer un avertissement : il est facile d'entrer en prison, c'est sortir qui est compliqué. Certains guides s'adressent plus aux jeunes, histoire de faire de la prévention. D'autres visent les adultes, en leur demandant de ne pas mettre tous les détenus dans le même sac. Pédophile, assassins, mauvais payeurs, ils ne jouent pas nécessairement dans le même registre mais bénéficient des mêmes conditions, et de cette même étiquette de "tôlards" dès leur sortie.

  La visite est donc une expérience. Tu circules partout, lecteur-visiteur-assidu, de la grande porte d'entrée au-dessus de laquelle une corde gravée dans la pierre rappelle qu'ici, on pend, au bureau du directeur, en passant par le cachot d'accueil, les cellules, et le "trou", l'endroit au sujet duquel M.*, qui y a passé près de 20 jours parce qu'il avait refusé de vider une chaudière un matin, livre un témoignage saisissant. Parce que oui, outre les pièces-phares de la prison, il y a également tout ce quotidien dont parlent les guides. R.* a été envoyé en prison pour des contraventions impayées et en est sorti grâce à ses codétenus qui ont fait pression pour faire avancer le dossier au galop. S.* raconte qu'un prisonnier a du se battre pour rester en vie. Alors évidemment, quand ils glissent une pointe d'humour, c'est un rire jaune qui sort de ta gorge, lecteur assidu. 

  On ne va pas visiter l'ancienne prison pour se marrer, loin de là. On y va pour découvrir un autre mondre avec quelqu'un qui sait précisément de quoi il parle. Le must, c'est de faire partie d'un petit groupe. Les intéractions sont alors bien plus faciles, à condition de ne pas être timide. Et finalement, c'est avec beaucoup de bonheur qu'on passe la porte de sortie de la prison en serrant la main de ce guide qui nous aura fait rire et parfois presque pleurer...

 

  Pour les renseignements sur l'ancienne prison de Trois-Rivières, clique ici, lecteur assidu!

 

* Les guides demandant lors des visites qu'on ne les prenne pas en photo, je n'ai mis ici que des initiales, histoire de respecter leur désir de discrétion :)

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