Les 10 raisons pour lesquelles j'ai hâte de ne plus être enceinte

Publié le par JulieH

(C'est l'élément déclancheur de la reprise de ce blog et de mes écrits, accroche-toi lecteur assidu, j'y ai pensé toute la journée!)

1. On ne me dira plus de faire attention. Attention à quoi? A ne pas glisser sur la neige, à ne pas tomber dans les escaliers, à ne pas me prendre les pieds dans un câble, à ne pas manger du fromage au lait cru, à ne pas rester trop longtemps debout, à ne pas rester trop longtemps assise, à ne pas sortir quand il fait trop froid, à bien me coucher sur le côté gauche, à manger équilibrer, à... AAAAAAH! Depuis que je suis enceinte, le monde entier a le nez rivé sur mon ventre autrefois insignifiant, et me traite comme une enfant qui apprend à marcher. Il faut dire qu'il m'arrive d'être miss Catastrophe. Glisser dans les escaliers et arborer un magnifique hématome bleu-jaune-brun-mauve sur la fesse gauche pendant 2 semaines, c'est fait (merci la crème à l'arnica dont ma mère me vantait les vertus durant ma tendre enfance). Tomber d'une chaise? Facile. M'évanouir sous la douche? Plus d'une fois. Rester debout toute la journée/rester à genoux toute la journée/piquer des sprints toute la journée? Ça a fait partie de mon quotidien, il y a longtemps. Et personne ne s'en souciait, ou presque. Mais depuis que mon ventre abrite un parasite surnommé Poulpy, il semble que même le fait de soulever une chaise fasse de moi une hérétique. J'ai donc pris un plaisir sadique à désobéir à tous ces yeux rivés sur moi, avec le sourire, comme une gamine de trois ans qui craque une allumette devant le regard paniqué de sa mère qui lui crie de reposer la boite sur la table. J'ai couru avec une chaise dans les mains, je suis sortie par -43°C, j'ai cordé du bois, j'ai porté des taaaaas de mannes de linge dans mes escaliers glissant (en chaussettes, histoire que ça glisse bien!), je suis restée longtemps debout, j'ai passé des journées vautrée dans le divan, j'ai dormi sur mon côté droit tant aimé, j'ai mangé des trucs peu recommandables et j'ai même bu un verre de vin à Noël!

 

Ouuuuuh la vilaine petite fille! Hin hin hin!

2. Je pourrai boire un verre de vin/une bière avec les copains. Mes années d'étudiante dépravée étant loin derrière moi, ma consommation d'alcool a largement été revue à la baisse. J'apprécie néanmoins pouvoir partager une bonne bouteille un samedi soir chez les copinos-de-l'autre-côté-de-la-rivière, ou m'asseoir devant un match de hockey avec une bière et des gars qui aiment ça jaser de sport (parce que c'est le seul sport où je suis capable de participer à la conversation!). Depuis que mon tour de taille a pris quelques centimètres, c'est le genre de chose que je ne fais plus (même si, techniquement parlant, Poulpy a baigné dans du Jack Daniels au miel avant de connaitre le liquide amniotique sobre... Le petit deux semaines où tu ne sais pas que tu es enceinte peut être une véritable catastrophe, lecteur assidu!). Passer un été à boire du moût de pomme, de la limonade ou de l'eau pendant que les autres sirotent la dernière bière de la micro-brasserie machin ou le petit rosé rafraîchissant, c'est digne des 12 travaux d'Hercule (qui n'a jamais eu à mettre un enfant au monde, lui... et on parle d'un héros, bah voyons!). Ces huit mois et demi de seuvrage m'auront permis de tester bien des sortes de moût de pomme, au point d'en être écoeurée et d'en refuser catégoriquement pendant 3 mois, mais aussi le manque de savoir-faire des restaurants en matière de cocktails sans alcool : un apéro, c'est nécessairement alcoolisé. L'option jus d'orange-grenadine est la plus cheap prisée, ou alors, c'est le bon vieux soda. Rien de bien folichon, quoi!

3. Je vais pouvoir prendre la résolution de faire 100 abdos par jour, et ne pas la tenir! Je m'ennuie de mon ventre mou, un peu flasque mais tellement peu dérangeant quand il s'agit de s'asseoir dans une voiture, de se pencher pour ramasser quelque chose par terre et tellement pratique pour se relever d'un lit sans user de ses jambes pour faire contrepoids tout en poussant avec les bras. J'en ai assez de jouer, chaque matin, à l'éléphant de mer échoué. Je veux quitter mon lit en toute légerté, pouvoir marcher sur la pointe des pieds et ne pas avoir à m'aider de mes deux mains pour m'asseoir dans mon divan, un poil trop bas actuellement. Je veux aussi (et surtout) pouvoir rentrer mon ventre quand j'ai mal estimé la place que j'ai pour passer/éviter une porte d'armoire ouverte. Parce que là, il faut être honnête : rentrer le ventre est un truc qu'une femme enceinte ne peut pas faire, c'est physiquement IM-POS-SI-BLEUH. Poulpy vous le confirmera.

4. Je vais pouvoir abuser des parfums sans me demander si ma peau va faire une réaction, ou si le machin chimique va être nocif pour Poulpy en passant à travers ma peau au point de s'infiltrer dans mon placenta (c'est là que j'ai arrêté de lire les forums de femmes enceintes, peuplés de paranoïaques hystériques!). A moi le savon qui sent bon la fleur de tiaré ramené par ma mamounette! A moi le fond de la bouteille de parfum que je ne trouve pas ici et que j'économise sagement dans l'espoir qu'un jour, il soit remis en vente! A moi les crèmes hydratantes qui sentent bon l'aloès ou le lait d'amande douce tant on les a imprégnées de parfums artificiels! Tu vas pouvoir me suivre à l'odeur, lecteur assidu, c'est presque sur (et je ne te parle pas de l'odeur de vomi de banane, non non, laisse-moi me bercer dans mes douces illusions).

5. Je vais pouvoir me changer trois fois chaque matin pour trouver ce que je mets avant de sortir. Parce que quand tu es enceinte, tu n'achètes pas une nouvelle garde-robe pour les 5 mois où ton ventre ne rentre dans rien d'autre que dans du linge de maternité, non. Tu optes pour la solution 3 blouses-2 pulls-2 jeans et tu fais beaucoup de lavage pour être certaine de ne pas te retrouver à poil un beau matin, faute de linge propre. La difficulté est de tenir le rythme : plus le temps passe, plus le ventre et le décolleté deviennent les cibles privilégiées de la nourriture qui quitte, sans prévenir, ta fourchette. Ou des éclaboussures d'huile. Ou de tout ce qui tache et que, puisque tu ne peux pas rentrer le ventre, tu ne peux qu'immanqublement effleurer de ton nombril. 

6. Je ne me ferai plus tripoter le ventre par des inconnues qui trouvent ça têêêêllement beau la maternité. Et je n'aurai plus besoin de leur montrer à quel point c'est dérangeant en caressant leur propre ventre avec un sourire sadique. Ça m'est arrivé deux fois. Ce sont deux fois de trop. On recommencera à me regarder dans les yeux, quand on me parle, et on me dira "bonjour" avant de me demander si c'est un garçon ou une fille en pointant mon ventre. Cette grossesse a transformé ma façon d'aborder les femmes enceintes. Nous ne sommes pas que des ventres, bon sang!

7. Je ne serai plus entourée par des gens plus angoissés que moi, qui suis quand même la zenitude incarnée. Il faut le dire, depuis plusieurs mois, le "comment tu vas" sous-entend aussi le "comment va ta grossesse?"/"comment va bébé?"/"il n'y a aucune anomalie?". Qu'il est fatiguant (même si c'est plaisant) de répéter que tout va bien, que tout se passe bien, que bébé est en sécurité bien au chaud et qu'il va certainement prendre son temps avant de rencontrer sa folle de mère. La grossesse semble être une grave maladie qu'il faut surveiller jour après jour... et je crois que mon apparente insouciance a pu fait peur. Or, Chéri-Chou et moi espérions ne pas être le genre de futurs-parents hyper stressés par le moindre petit truc. Nous avons la chance de connaître une grossesse normale et de n'avoir aucune raison de nous inquiéter que pour autre chose que pour la douleur lors de l'accouchement. Et on est conscients de cette chance. 

8. Je vais pouvoir manger des sushis, du fromage bleu, et tout un tas de trucs déconseillés aux femmes enceintes. Pouvoir le faire ne veut pas dire que je vais le faire, mais je suis un peu comme une ado à qui on dit "tu ne peux pas" : si je ne peux pas, je veux. C'est obligatoire. Donc là, maintenant, tout de suite, un plateau de sushis, une tranche de foie gras, un steak saignant, un filet de baracuda (le poisson, pas le monsieur plein de bijoux dans l'Agence Tout-risque), une tranche de pain beurrée de fromage bleu et un expresso qui fait monter le coeur à 120, je veux. Mais il y a 9 chances sur 10 pour que je n'en consomme pas avant plusieurs mois... Le fait de savoir que je peux les consommer rend toutes ces choses tout à coup moins attreyantes.

9. Je n'aurai plus "une mine radieuse de femme épanouie". Tu la trouves épanouie, la fille qui traine sa sciatique, ses nausées, son ventre encombrant et le même pull depuis des mois? Parce que pas moi. D'accord, la grossesse fait que j'ai coupé le café, l'alcool, les crèmes qui sentent bon le chimique, en plus de me faire dormir plus de 9h par jour. Je peux comprendre que même non maquillée, je sois un vrai canon de beauté qui mérite les fleurs qu'on lui lance (c'était l'instant modeste, merci bonsoir!). Mais pour toutes les fois où j'ai serré les dents à cause d'une douleur poignardesque dans la fesse et dans le dos,pour toutes les fois où j'ai grimacé parce qu'une paire de pieds s'amusait dans mes côtes, pour toutes les nuits où un marsupilami jouant au trampoline sur ma vessie m'a obligée à me relever 3 ou 4 fois, pour toutes les contractions qui surviennent n'importe quand (en rendez-vous professionnel, dans les escaliers, à 3h du matin ou pendant la vaisselle), pour tous ces après-midi passés à soupirer à cause des nausées, pour tous les maux de dos, pour tous les trucs super cool que je n'ai pas pu faire (genre monter dans un manège en allant à la Ronde), pour toutes les sautes d'humeur maîtrisées (ou presque) dans ma tête pour ne pas que Chéri-Chou subisse une montée d'hormones totalement injustifiée, il est où l'épanouissement? Une femme qui vous dit que la grossesse a été le plus beau moment de sa vie vous ment/a une mémoire de poisson rouge. Il y a de très beaux moments, mais il y a aussi le côté obscure de la force qu'on s'empresse apparemment d'oublier!

10. Je vais pouvoir faire la vaisselle sans poser mon ventre sur l'évier. Et ça, c'est le luxe ultime, le truc le plus merveilleux, la chose que j'attends le plus au monde : mon bedon encombrant m'oblige soit à me positionner de façon très inconfortable (les pieds loin de l'évier, le dos en angle) soit à m'étirer un peu la colonne pour poser mon ventre sur le rebord de l'évier afin de faire la vaisselle. Neuf chances sur 10 de la terminer avec de la flotte sur le chandail, évidemment, et le nombril au froid pour un moment.

11. (je sais, le titre dit 10, mais comme je me plains beaucoup je termine sur une note quétainement positive) Je vais voir notre chef d'oeuvre. Après au moins 38 semaines et demi (aujourd'hui) passées à lui parler, à lui chanter des chansons, à le secouer sur des rythmes endiablés, à le bercer en me promenant pendant une contraction, à m'inquiéter de savoir s'il va bien, à compter, sur les photos des échographies, le nombre de doigts et d'orteils, à murmurer son nom, à lui raconter que les ronrons qu'il entend sont ceux du chat, à le sentir donner un coup quand Chéri-Chou lui dit bonjour, à décompter les jours sur le calendrier, à m'impatienter tout en sachant que tout un tas de trucs vont me manquer, il est presque temps pour lui de nous montrer sa petite frimousse. Un grand moment en perspective. La raison principale pour laquelle j'ai hâte de ne plus être enceinte.

 

Je termine avec une toune d'ici qui tourne en boucle sur les ondes de la radio locale (avec les paroles, parce que très honnêtement, lecteur assidu, j'ai eu énormément de mal à saisir ce que le monsieur disait!)

 

Publié dans Maternité

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Aline 23/01/2015 09:56


Quelle magnifique article Julie!
Le compte à rebours est lancé, vivement voir la frimousse de Poulpy :)
Je te souhaite d'excellentes crèmes et savons parfumés, du plaisir en buvant ta première bière de micro-brasserie, et tout le bonheur du monde en rencontrant votre fils.
Ca va être ça, le plus beau moment de votre vie, non? :)
Mille bisous à vous (presque) trois :)

Adé 23/01/2015 07:23


Alors là, je n'aurais pas dit mieux! Même si je suis d'accord avec tout, j'ai surtout souri au "fais bien attention à toi", comme si ça allait m'empêcher de glisser dans ma douche (hier
matin...), au problème de sciatique et de ventre qui ne rentre pas (parce que, dans le métro, les gens pensent apparemment que c'est possible!). Et effectivement, tellement hâte de voir la petite
merveille. Parce que, soyons honnêtes, ils seront les plus beaux du monde (en toute objectivité)! Bon courage pour la fin et on se revoit de l'autre côté! ^^