Québécois de souche

Publié le par JulieH

  Un an. Un an sans écrire, trop occupée à vivre ma nouvelle vie, dans cet endroit merveilleux qu'est le Kamouraska. Un an passé aussi à songer à un nouveau thème pour ce blog, parce qu'à part quelques détails mineurs, j'ai totalement sombré dans la culture québécoise. Je suis toute enduite de la fleur de lys à la senteur de poutine. Je ne suis plus une blanc bleue belge mais bien une blanc bleue québécoise. Cependant, je continue de vivre des montagnes d'incompréhension... La dernière en date, si l'on excepte le vieux monsieur sans dentier qui parle sans bouger les lèvres, c'est la réparation de ma voiture.

  J'avais une voiture. Une super Titine qui rouille, qui roule, qui fait pouet pouet et qui boit l'essence comme un belge boit sa bière en plein été. Titine n'a pas aimé l'hiver, et la voici plein mois de janvier qui peine à monter la côte qui mène à mon travail. C'est donc pleine d'appréhension que je m'en vais voir un garagiste, auquel j'explique que ma voiture perd de la puissance et peine à redémarrer. Note bien, lecteur assidu, que je suis super fière de moi : le monsieur m'a comprise! Après un essai, il m'explique dans son bon québécois que c'est la clutch qui est fichue. La clutch. Battement de cils incrédules. Kesséça? La clutch, c'est l'embrayage, le truc qui coûte bonbon. Et pendant que le monsieur m'explique, je fais un bond de six ans en arrière, dans mes souvenirs de jeune amoureuse d'un beau barbu... 

 

 

  Chéri-chou m'a dit, dans ce temps-là, qu'une vraie québécoise comprenait toute la chanson. Toute. Eh bah c'est fait, lecteur assidu. Le vocabulaire de garage, je l'ai! Bon, d'accord, j'ai quand même des yeux de merlan frit au garagiste pendant un moment, le temps qu'il sorte son manuel pour me montrer les schémas de réparation. Là, j'ai dû me sortir les Cowboys Fringant de la tête pour tenter de suivre l'affaire. Le fait est que ma compréhension a été très approximative, mais la réparation a été faite. Titine est donc repartie sur les chapeaux de roue vers de nouvelles aventures... enfin jusqu'au mois d'avril, où elle faisait un caprice de "Je ne démarre plus, surpriiise". Ça s'est donc conclu par une nouvelle voiture (qui s'appelle Melon).

  Acheter une nouvelle voiture, au Québec, c'est une étape importante dans la vie. Tout étranger DOIT réviser son vocabulaire, surtout si l'étranger est une fille qui n'en touche pas une en matière de voiture. Les marques ne sont pas les mêmes qu'en Europe. Ici, on roule (beaucoup) en Kia Dominez le changement, en Mitsubishi, en Hyundai, en Toyota ou en Subaru. La Mercédès est super luxe, comme la BMW. La Peugeot est inexistante, la Citroën aussi. La Fiat mini est super à la mode. Bref, il faut magasiner des marques qu'on ne connait pas nécessairement, et se méfier de celles qu'on connait parce qu'une Mercédès sur la neige, c'est tout sauf rigolo (quand on est dedans). 

  Acheter une voiture au Québec, c'est retrouver le langage et le comportement que tous les vendeurs de la planète peuvent avoir : sourire Colgate, il s'adresse à monsieur parce qu'il est sur que c'est lui qui décide, puis me parle de la jolie couleur de ma future voiture. Ok, c'est la couleur qui m'a accrochée, mais quand même, s'il faut pédaler pour que le char avance, qu'il soit vert pomme ou brun caca ça n'a plus d'importance. Le vendeur québécois a un diplôme en français international (ou presque), sauf quand il me dit "Ton char est assuré sept ans bumper à bumper" (pare-choc èa pare-choc). Ah oui, parce que le vendeur et toi, lecteur assidu, vous avez gardé les cochons ensemble et il te dit "tu" d'entrée de jeu. Le plus difficile, dans l'histoire, c'est de ne pas rire de sa calvitie planquée par trois minables mèches de cheveux rabattues par dessus son crâne nu. Bref, il parle mécanique avec des termes anglais, que je comprends désormais. Héhéhé. Et bien qu'il veuille que je l'appelle par son prénom, je continue de le vouvoyer et de lui servir des "monsieur".

  Bref. J'ai signé. J'ai acheté une voiture. Normalement, je ne devrais plus avoir besoin de parler de mécanique pour les 5 prochaines années, au moins. Juste à écouter "Québécois de souche" de temps en temps, pour entretenir la mémoire...

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