Savoir s'adapter

Publié le par JulieH

  Depuis mon arrivée au Québec, deux choses ont changé : je respecte les quelques codes en soirée, et je m'applique à atténuer mon accent.

  Des codes? Oui, le québécois a quelques codes qu'il faut respecter, sous peine de ne plus être invitée pour une petite soirée pépère entre amis. Et ce n'est pas parce que je ne suis pas au pays des cowboys qu'ici, on n'est pas à cheval sur certaines choses. Une soirée chez un ami donc, ça se prépare. Deux accessoires indispensables : un carton de bière, et une paire de chaussures adaptée.

  Un carton? Oui. En Belgique, on parle de casier, au Québec on parle de "pack de 6" ou de carton. Évidemment, ça sous-entend que ledit carton supporte des bières pleines, non pas qu'on se pointe avec son sous-verre en carton à l'effigie de sa bière préférée! Lecteur assidu, un peu d'attention, je te donne ici une leçon de savoir-vivre. Une soirée chez un ami, c'est donc amener ce qu'on boit (ça peut être aussi la bouteille de vodka, mais personnellement, je tiens mal ce genre de boisson, et l'air de rien, le fait de rouler sous la table en vomissant tripes et boyaux ça n'est pas apprécié ici non plus). Lecteur québécois assidu, sache qu'en Belgique, l'hôte dispose souvent d'un petit bar bien rempli en alcools et que le passage d'un ou deux amis ne l'assèchera pas. Ceci dit, le belge, lui, paye sa bière (et son alcool en général) franchement moins cher! Évidemment, au Québec comme ailleurs, il y a toujours des exceptions, et on a souvent dans son entourage un ami qui sait que puisqu'on a toujours une bouteille pour lui chez nous, il aura toujours une bouteille pour nous chez lui. Échange de bons procédés qui allège le sac à main.

  Outre le carton/la bouteille/bref, la boisson (qui peut aussi être un jus d'orange après tout), il faut se munir de chaussures adaptées. En effet, au Québec, les bonnes manières veulent qu'on ôte ses chaussures lorsqu'on entre chez quelqu'un, même si cette personne vous dit "laisse faire, j'ai pas fait mon ménage". Et quand je dis "adaptées", je n'exagère pas. Imagine-toi, lecteur assidu, en plein hiver. Un petit -15°C dans la rue s'accompagne d'un raffraichissant vent d'hiver, et de l'incontournable neige. Bref, bien emmittouflé, tu sonnes à la porte de ton hôte, qui t'ouvre. Premier réflexe, entrer. Ensuite, on se dit bonjour tout en montrant patte blanche "Salut! Regarde ce que j'ai trouvé, je te ferai goûter!" en brandissant son assortiment de bières que tout le monde connait mais que tout le monde aime re-goûter pour la quinzième fois au moins. Enfin, on passe à l'étape chaussures, parce que le porte-manteaux est hors de portée du tapis qui est là pour ne pas qu'on salisse tout l'appart avec des semelles sales et mouillées. Il faut donc imaginer la gymnastique que pourrait faire un Bibendum qui n'a qu'une main pour se déchausser tandis que l'autre tient, tant bien que mal, le breuvage de la soirée. Dans mon cas, je délègue le plus possible à Chéri-chou, et me bats avec mes bottines de la marque du fameux Médecin Martine (quelle subtile façon de dissimuler une marque, une fois de plus!) qui montent jusqu'en haut de mon mollet. Heureusement, il y a une tirette. D'autres ne connaissent pas ce bonheur et se battent avec les lacets. Et quand enfin le pied est libre libre libreuh, il se pose sur... le tapis, qui est trempé parce que tu n'es pas le premier, lecteur assidu, à être arrivé. Quelle agréable façon de commencer la soirée, avec des chaussettes humides... Mais au moins, tu te seras plié aux règles du savoir-vivre, et ton hôte sera ravi.

  Côté accent, je me surveille. Les belgicismes sont drôlement exotiques ici, mais ne sont pas tolérés au Scrabble. Pas question donc de leur raconter des carabistouilles ni d'afonner, sous peine de se faire regarder avec un air de merlan frit. Et encore, c'est dans le meilleur des cas. Dans le pire, il se pourrait que, les mots ayant parfois des significations particulières, on te demande si tu es bien sûr de ce que tu as dit. Un exemple frappant? Lecteur assidu, ne demande pas à ton ami comment vont ses "gosses", parce qu'il n'a pas envie de te parler de ses testicules. Voilà. Or donc, il faut se surveiller, ne pas hésiter à se reprendre et à demander quelques explications. Au bout de deux mois, je m'en sors plutôt bien. Les enfants ne me demandent plus si je parle anglais, et les adultes hésitent sur mes origines. Mon accent n'est pas français, alors je dois être une suissesse. "Comment...? Belge? Ah, je ne l'aurais pas cru." Mais tous reconnaissent les bonnes expressions bien de chez eux, et finalement, Québécois, Québécoises, vous m'avez comprise!

  Reste une question : les belges vont-ils me dire que j'ai un accent?

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Laurent 23/02/2011 15:37



Pour l'accent, faudra attendre ton retour pour pouvoir entendre et juger sur pièces (rapportées ) !



Pan. 23/02/2011 10:11



 


Promis Je te le dirai avec un "gnié?!"!