Sénécal, ou l'art de martyriser des personnages

Publié le par JulieH

http://psaliss.wikispaces.com/file/view/Aliss.jpg/73382877/Aliss.jpg  J'avais dit que je partais avec des articles plein les poches, mais finalement, lecteur assidu, entre la bibliothèque, les amis, la famille et les activités ludiques de type "lessive", "rangement" et "préparation de sac", je n'ai pas vraiment pris le temps de me remettre à l'écriture. Je dois d'ailleurs t'avouer que loin de l'accent québécois, l'inspiration se fait rare. Ceci dit, je ne veux pas perdre la main, et je prends donc une petite dizaine de minutes pour te parler d'un auteur découvert le mois dernier : Patrick Sénécal.

  L'homme est originaire de Drummondville, comme les Trois Accords, et s'est spécialisé dans l'horreur. Enfin horreur est un bien grand mot, disons qu'il est bon dans le suspens, et que l'horreur réside surtout dans ce qu'il fait subir à ses personnages. J'ai lu deux romans, je vais attendre avant de poigner dans le troisième. Les bouquins ne sont pas à remettre dans les mains d'âmes sensibles, et sont réservés à un public dit averti.

  Hell.com et Aliss ont donc été au menu de mon mois de février. Dans le premier, on suit un homme d'affaires, dans le second une jeune fille de 18 ans. Leur point commun, c'est la chute. Le sujet vit une petite routine qui l'ennuie et va donc explorer ce qui lui apparait être le bon chemin pour être heureux et avoir une vie exhaltante. Dans les deux cas, le sujet se plante royalement et c'est la chute.

  Avec Hell.com, j'ai eu énormément de mal à poursuivre ma lecture puisqu'au début, tout n'est que sexe, drogue, et re-sexe (et re-drogue pour changer un peu). D'ailleurs, le personnage principal, Daniel, se trouve être un imbécile de première classe qui méprise ceux qui ne réussissent pas dans la vie (et on parle évidemment de sa conception personnelle de la réussite : du pouvoir, de l'argent, une belle maison et une entreprise qui marche), et j'ai passé mon temps à me dire que ce qui lui arrivait c'était bien fait pour sa pomme (je suis sans pitié, je sais). Ce n'est qu'avec l'arrivée d'un personnage secondaire, d'abord discret puis de plus en plus présent, que l'auteur m'a embarquée dans son histoire. 

  Avec Aliss, c'est une autre histoire. A 18 ans, elle quitte son quartier chic et sa vie aisée pour aller au bout des choses. Et tombe dans un quartier étrange de Montréal et apprend très vite que tout n'est pas rose. Là aussi, sexe, alcool, drogue et rock 'n roll au programme (à croire que c'est une recette gagnante pour un roman du genre), la quête de savoir, et la constante hésitation entre rentrer chez ses parents et rester dans cet endroit qui n'est pas pour elle. Le gros plus, c'est l'univers on ne peut plus similaire à celui d'Alice de Lewis Carol. Le lapin blanc n'est autre qu'un homme qu'elle rencontre dans le métro, la reine est un personnage intrigant dont elle voudra connaitre le secret, le Chapelier et le lièvre de Mars sont deux atroces médecins... même les jumeaux et le Chat de Chester sont revisités. 

  Patrick Sénécal a également eu l'occasion de scénarisé deux films tirés de ses livres : 5150 rue des Ormes et Les sept jours du Talion. J'ai vu le premier, et la griffe Sénécal est bien là : on explore vraiment la psychologie d'un personnage dans une situation dramatique (le personnage se retrouve séquestré par une famille qui compte un père maniaque, une mère soumise, une ainée dérangée et une cadette au regard vide). Et jusqu'au bout, on se demande si oui ou non le personnage s'en sortira, parce que Sénécal n'est pas le gars qui sert nécessairement des happy end à ses lecteurs.

  Bref, Sénécal c'est à lire, à voir, mais seulement quand on a un bon moral et qu'on est conscient que le monde des petits poneys lui est étranger... A noter cependant que, frustré de ne pas pouvoir faire lire ses livres à ses enfants, il s'est mis à la rédaction de bouquins pour les jeunes. J'aimerais voir le résultat...

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