Une journée dans le Kamouraska, la suite

Publié le par JulieH

  Je t'ai abandonné dans le petit phare de Saint-André il y a quelques jours... et il est temps de se remettre en route, lecteur assidu! J'espère que tu as pris le temps de faire une petite balade par-dessus les aboiteaux. Tu ne sais pas ce que sont les aboiteaux? C'est une spécialité de la région : une sorte de digue avec un système de clapet mobile, qui s'ouvre à marée basse et se ferme à marée haute, et qui permet à la fois d'éviter l'inondation des terres à marée haute (oui, le fleuve connaît des marées quotidiennes) et l'évacuation des eaux de pluie ou provenant de la fonte des neiges. Il y a deux ou trois ans, on a découvert que les aboiteaux n'étaient plus assez hauts lors d'une super marée qui a inondé une partie du village. Ils vont donc être surélevés cet été d'un bon mètre, histoire d'éviter d'autres catastrophes.

  De Saint-André, on reprend donc la route vers Saint-Alexandre de Kamouraska, charmant petit village où l'on retrouve une personnalité importante pour la région : Marie-Alice Dumont. Sa maison se trouve au coeur du village : en remontant la rue principale, tu ne pourras pas manquer, sur la gauche, cette grande verrière qui se trouve être l'atelier de photographie de Marie-Alice. Née en 1892, c'est la première femme photographe de métier dans la région. Sa santé trop fragile en fait une femme qu'on ne marie pas. Son frère lui offre un appareil photo, un peu de matériel, un bouquin... et c'est une auto-didacte qui s'en va se perfectionner petit à petit. Elle est active dans son studio de Saint-Alexandre entre 1920 et 1961, d'où sortent des photographies d'hommes, de femmes, d'enfants, mais aussi de paysages et de scènes de la vie quotidienne. Décédée en 1985, elle laisse derrière elle un fonds photographie de près de 10.000 négatifs, trésors documentant la vie de la région. Ce fonds est disponible en ligne.

  Pas le temps de nous arrêter plus longuement, en route vers Sainte-Hélène... Une belle balade avec des champs, des bois, des caburons, le fleuve... ça respire fichtrement! Mais attention, on tourne avant Saint-Hélène pour remonter vers Saint-Joseph-de-Kamouraska, village jeune où la grange à dîme a gagné l'année dernière le concours Historia, et un prix de 20.000 $ pour sa restauration. Qu'est-ce que c'est? Une grange où la dîme (1/26 des récoltes) était stockée pour faire vivre le curé. Construite en 1922, elle est l'une des quatre dernières encore sur pieds, et en bon état. Elle devrait être transformée en lieu de culture. 

http://images.lpcdn.ca/435x290/201012/23/225935-grange-ete-construite-1922-coups.jpg (photo Historia)

  On ne s'attarde pas, bien qu'il y ait encore des choses à dire... Je m'en occuperai quand tu me rendras visite. Demi-tour, direction le fleuve en ligne droite... jusqu'au rang du Mississippi, sur la gauche. L'un des plus beaux coins à rouler, à vitesse basse pour prendre le temps de savourer le paysage... et la beauté des maisons. Le rang relie Saint-André et Saint-Germain par les terres. Saint-Germain, parlons-en! Son église a été érigée sans l'accord de l'évêque, qui refusait d'envoyer un prêtre, lequel aurait confirmé le statut de paroisse du village. Les habitants, têtus, pensent lui forcer la main en bâtissant l'église... Manqué, l'évêque refuse. Ultime recours : menacer de passer du côté Protestant de la force... et là, l'évêque cède, un curé est envoyé, victoire pour les habitants! On est en 1893, la paroisse existe depuis 1882.

  De Saint-Germain, en route vers Saint-Pascal, la ville administrative de la région. C'est là qu'on fait un arrêt, au restaurant le Saint-Pascal (comme c'est original!) pour manger une pizza préparée par le chef. C'est là le charme du restaurant (la salle est carrément chouette!) : la carte offre un joli choix de menus, mais aussi une originalité, la composition de sa propre pizza à partir d'une vaste liste d'ingrédients. Si l'inspiration n'est pas là, refourgue le choix cornélien au chef, lecteur assidu, tu n'en seras pas déçu! C'est toujours différent, et apparemment toujours très bon. Attention, au Québec on mange tôt (18h, c'est presque tard). En arrivant à 19h voire 20h, ne t'étonne pas si la salle est pratiquement vide. En réalité, tu arrives tard.

  En quittant Saint-Pascal, direction Saint-Pacôme, jette un oeil sur la gauche pour admirer la petite (mais grosse) chute aux perles. Elle doit son nom au fait que jusque dans les années 70, on trouvait des huîtres perlières dans la rivière. Légende? Traverse Saint-Philippe-de-Neri, véritable carrefour entre l'autoroute 20, le fleuve, la 132 et la route qui file droit vers les États-Unis, et continue jusqu'à Saint-Pacôme, charmant petit village qui offre, du haut de son mont de ski, un superbe panorama sur la région, et sur quelques uns des villages que tu as traversés durant ta journée. Une belle façon de clôturer l'expédition... S'il te reste du temps, jette un oeil sur la programmation du cinéma Louise (2 salles, mais toujours des films récents). Si tu as fait l'impasse sur le Saint-Pascal, file jusqu'au Plan B, une patate de luxe où l'on mange comme des rois, et où l'on est reçus comme des empereurs. On s'en reparle dans peu de temps... Personnellement, je l'ai adopté!

Publié dans Virées au grand air

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