Visite de Grosse-Île

Publié le par JulieH

  Ma découverte de l'histoire du Québec passe essentiellement par la visite de sites installés ça et là dans la province. Jamais au hasard, en réalité, l'eau étant l'argument numéro 1 pour l'installation des fortifications puis des villes d'importance au fil du temps. C'est donc avec beaucoup de plaisir que je m'en suis allée visiter Grosse-Île, témoin encore bien présent de l'immigration de milliers de gens aux XIXe et XXe siècles.
 
   Un petit bout d'histoire
DSC 0447 (ceci est une étuve pour les bagages des immigrants. Dans un bain de vapeur sèche, on espérait ainsi tuer les microbes)
  Grosse-Île est connue en tant qu'ancienne station de désinfection et de quarantaine. Celle-ci est fondée à la demande du gouvernement du Bas-Canada en 1832, alors que l'Europe est en proie à une épidémie de choléra. Keuwa? Les Européens migrent au Québec? Bien sûr, lecteur assidu. Depuis la fin des guerres de ce bon Napoléon, en 1815, on quitte la Grande-Bretagne, l'Irlande et l'Écosse pour refaire sa vie en Amérique. À l'époque, c'est évidemment un choix terrible puisqu'il s'agit de tout vendre, de dépenser une grande part de l'argent récolté uniquement pour la traversée et de débarquer dans un pays inconnu où tout est à faire. Mais dans les années 1830, ils sont environ 30.000 nouveaux arrivants par an à débarquer à Québec. Les deux tiers d'entre eux sont des Irlandais. Or, à cette époque, en Grande-Bretagne, on est en pleine pandémie de choléra. La deuxième, pour être exacte. Évidemment, les migrants sont tous susceptibles d'emmener avec eux la maladie. D'où la décision d'installer une station de quarantaine, afin de repérer les malades et de ne pas les laisser aller jusqu'à Québec. 
  Située au milieu du fleuve, à environ 50 km en aval du port de Québec, elle est parfaite pour intercepter les bateaux d'immigrants et préserver la ville de Québec de la maladie grâce à un contrôle des navires en provenance de l'Europe. Vaguement efficace à ses débuts (elle n'a pas empêché la ville de Québec de connaitre quelques épidémies et suffisamment de morts que pour réjouir les fabriquants de cercueils), elle connait une épidémie de typhus particulièrement meurtrière en 1847, faisant plus de 5000 morts, majoritairement des Irlandais, qui fuient par milliers la crise de la pomme de terre. 
  Des morts, donc, des malades, et surtout des immigrants anglophones qui vont peupler le Canada, le long du fleuve et sur le 49e parallèle, frontière avec les États-Unis qui menacent d'envahir une nouvelle fois le pays des caribous (parce qu'au pays de l'oncle Sam, on manque de place, tandis qu'au Canada, on n'hésite pas à donner gratuitement 160 acres de terres aux nouveaux arrivants). Grosse-Île illustre également les tâtonnements de la médecine, qui verse encore dans la religion (les bactéries sont, à l'époque, des miasmes qui n'attaquent que les mauvais croyants), mais aussi les conditions folles dans lesquelles voyageaient les migrants au milieu du XIXe siècle. Finalement, entre la surpopulation de la station, les traversées rudes et la méconnaissance générale des maladies, il est presque étonnant qu'il n'y ait eu "que" 5425 morts cette année-là, sur les 7553 répertoriés durant toute l'existence de la station.
  A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les progrès en terme de prévention et de traitement d'épidémie permettent de garantir une efficacité pour la station de quarantaine, qui reste en service jusqu'en 1937, époque à laquelle elle est fermée, suite aux progrès de la médecine, à la réduction du temps de traversée et aux nouvelles normes d'hygiène et de ravitaillement. 
 
 
   La visite de Grosse-Île, aujourd'hui
  Grosse-Île, en pratique, ça se situe à 65 km de Québec-ville. L'embarquement se fait à Berthier-sur-Mer, sur laDSC_0414.JPG rive sud du Saint-Laurent. Il faut compter un peu plus de 40$, le billet combinant la traversée en bateau et l'entrée sur le site. Avant de s'embarquer, il est très important de prévoir un bon imperméable ou un chandail chaud (l'île est particulièrement venteuse, et on perd facilement 10°C) et un repas, parce qu'il n'y a pas de vente de boissons/aliments sur l'île. L'eau y est néanmoins potable.
  La première chose que l'on voit, depuis le bateau, c'est la gigantesque croix celtique, érigée en 1909 en mémoire de la Grande famine irlandaise et de l'année 1847. Puis, c'est le débarquement sur l'île et la rencontre avec les guides, qui prennent en charge les visiteurs qui le souhaitent. Au menu, visite de l'île en petit train, à pieds, avec des commentaires et quelques arrêts. Deux églises (une catholique et une anglicane) ont été érigées, au milieu des quelques maisons encore conservées. Celles-ci ont abrité les médecins, les infirmières et les intendants, bref tous ceux qui rendaient possible la vie insulaire. La zone ouest est dédiée dès le début à la décontamination, mais au fil du temps, certains bâtiments temporaires ont été construits pour abriter les malades. D'autres constructions, donc on ne parle pas vraiment lors de la visite, illustre les autres fonctions de l'île, au XXe siècle : centre de fabrication de l'amiante, durant la Seconde Guerre mondiale, puis centre de décontamination du bétail en provenance de l'Europe jusqu'en 1984.
  J'ai aimé mon guide. C'est définitivement ce que le Québec fait de mieux : des guides sympathiques qui ne font pas que déblatérer un discours qu'ils ont appris par coeur. Ils sont à l'écoute, adaptent les visites, répondent aux questions, détendent l'atmosphère, bref j'aime. Par contre, les personnes à mobilité réduite vont avoir du mal à suivre. La station de décontamination compte pas mal de marches, et les chemins empruntés vers le cimetière, le monument et la croix celtiques sont difficiles d'accès si on n'a pas deux bonnes jambes et un bon souffle. Poussettes (ici ça se dit carosses!) et chaises roulantes proscrites, malheureusement.
  Combien de temps ça prend? On dit 4 heures, je réponds une journée. J'y ai passé environ 4h, et je suis repartie avec un sentiment de trop peu : j'aurais aimé me balader seule pour mieux voir les maisons, prendre plus de temps à l'exposition des photos d'époque, m'asseoir dans la Baie du Choléras (tellement sexy comme nom) pour simplement admirer le (sublimissimement magnifique) paysage et peut-être même pousser le vice jusqu'à regarder le soleil se coucher depuis la pointe de l'île.  
  Conclusion, dans la série des "Que faire à proximité de Québec?", j'ajoute Grosse-Île à la liste. Oui, sur le coup, la visite paraît chère (on peut aller jusqu'à 70$ en fonction du point de départ du bateau, Berthier me semble le moins cher mais je n'en suis pas sure). Mais c'est un investissement pour une promenade en bateau suivie d'une journée au grand air, entre visites et détente. C'est donc à faire sans hésiter, avec un petit lunch à grignoter en bonne compagnie, dehors ou dedans. Prévoir vêtements chauds, coiffures adaptées, repas et chaussures de marche!
 
 
  

Publié dans Virées au grand air

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